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Avis d'Expert : Le biodesign est-il l'avenir du design & de l'innovation ? par Olivier Raymond, fondateur du cabinet de tendances Sanagi

Avis d'Expert : Le biodesign  est-il l'avenir du design & de l'innovation ? par Olivier Raymond, fondateur du cabinet de tendances Sanagi
presseedition.fr 05/01/2022
En novembre dernier se sont clos plus de 2 mois d’événements dédiés au biomimétisme. «Ce continent caché de l’innovation», selon les propres mots du président Macron, est aujourd’hui au cœur de la «Nature nation» (avec déjà plus de 500 millions d’euro levés par la «Biomim Deeptech» française) en proposant notamment de faire de la Nature et du Vivant les meilleurs alliés dans la résolution de nos problématiques nouvelles et dans la réinvention de notre quotidien.

Une approche que revendiquent déjà plus ou moins tacitement bon nombre de designers (osons le terme biodesigners) mais qui semble pourtant peiner à prendre véritablement corps de façon officielle au sein de la grande famille du Design, malgré certaines tentatives balbutiantes. Si quelques cabinets d’architecture et designers industriels étaient bien présents à la dernière Biomim’expo, force est de constater que cet échantillon était peu représentatif de la diversité des nombreuses disciplines du métier et que les agences de design étaient les grandes absentes de ce rassemblement.

Cela signifie-t-il que le Biodesign n’a pas de réalité propre? Le terme est pourtant officiellement apparu dans les années 60 sous la plume du designer industriel Luigi Colani. Mais il est vrai que, pour englober la prise en compte des nouvelles attentes sociétales et individuelles, son sens à fortement évoluer en quelques décennies et n’a pas véritablement fait depuis l’objet de redéfinition officielle pertinente. Pourtant, en couvrant des territoires plus larges et parfois plus accessibles que celui du seul biomimétisme (qui se définit, contrairement au Design, non comme une filière ou comme une discipline mais comme une approche scientifique), le Biodesign dispose de nombreux atouts pour rayonner et surtout pour rendre les démarches bio-inspirées plus concrètes, plus visibles, plus nombreuses auprès du grand public, en sortant non seulement du cadre des seuls domaines de l’architecture et de l’industrie lourde mais aussi du cadre trop souvent dominant de l’innovation de rupture afin de maximiser leur impact sur notre quotidien en ouvrant la voie à de nouvelles pistes pour l’invention, la création de nouveaux produits ou de nouveaux services.

Mais ce défi de démocratisation sera-t-il facile à relever? Si d’un côté, certains designers continuent à proposer des innovations bio-inspirées aux designs formels audacieux et disruptifs renvoyant davantage à des codes d’univers de science-fiction plutôt qu’à ceux d’un quotidien dont nous ferions rapidement l’expérience d’ici 20 ans, d’un autre côté, les marques produits comme les marques services sont de plus en plus nombreuses à multiplier les initiatives visant à intégrer de façon plus fluide le Biodesign dans la vie de leurs publics. De l’application Waze dont le fonctionnement est fortement inspiré des trajectoires des fourmis aux derniers sacs Hermès Victoria réinventés en version cuir de champignons écologiques (en partenariat avec la startup MycoWorks), la liste des exemples grandit de jour en jour. Et force est de constater que ces initiatives privilégient le plus souvent des modèles d’innovations de «test & learn» au grand détriment des modèles de d’innovations de ruptures.

Quelques mois avant sa disparition, Gérard Caron rappelait avec justesse dans son Homo Designus co-écrit avec Sébastien Cannu que: «quand les marques tendent à l’universalité, elles s’empressent, à ce titre, d’installer dans leur design des petits bouts hypnotiques de nature.» Il y a fort à parier que demain, grâce au Biodesign, ces petits bouts de nature deviendront grands et que leur intégration se fera de la façon la plus fluide possible. C’est en tout cas tout le bien que nous pouvons espérer pour les futures générations. Au moment où Jacques Attali milite de plus en plus fortement pour le concept de «l’économie de la vie», peut-être est-il temps pour le Design français de se pencher plus fortement sur «l’économie du vivant» pour mieux transformer ces nouvelles utopies en futures réalités…

A propos de SANAGI
SANAGI est un cabinet de conseil en innovation et en transformation nouvelle génération. Spécialisé dans l’étude de tendances et dans la prospective ‘brand-oriented’, il a été fondé en 2018 par Olivier Raymond, après 18 années passées dans l’univers des agences de design et de branding (Dragon Rouge, Lonsdale, Bayadères, …). Ce contributeur régulier du site Admirable Design pour Gérard Caron de 2007 à 2012, également collaborateur du groupe L’Oréal notamment sur les marchés nord et sud-américains, a constaté au fil des années que peu de ses contacts étaient réellement satisfaits des prestations des cabinets de tendances et d’innovation avec lesquels ils travaillaient, notamment parce qu’ils étaient trop souvent déconnectés des réalités de leurs marques et de leurs marchés. Une faiblesse que corrigent les carnets de tendance et de prospectives SANAGI, baptisés Fresh!