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les beaux livres


Presse Édition 10/05/2006

Définis par le Syndicat National de l’Edition comme «ouvrages se caractérisant par la qualité de l’illustration et de la présentation et des livres de conseils pratiques destinés à un public varié», les beaux livres représentent 8% des ventes de l’édition.


Placé au deuxième rang des ventes de l’édition derrière la littérature, avec un chiffre d’affaires de 451 208 000 euros, le secteur des beaux livres contribue à 17,7% du chiffre d’affaires total de la filière. Désormais beaux livres et livres pratiques participent de la même famille. Pourtant, sans être alarmants, les résultats 2004 des beaux livres et livres pratiques publiés par le SNE n’en sont pas moins inquiétants. Avec une progression de leur chiffre d'affaires de 1,9% pour l’année de référence, les beaux livres arrivent loin derrière la bande dessinée (+11%), les dictionnaires et encyclopédies(+11,4%), les sciences humaines et sociales (+8,7%), la littérature (+7,2%), et les documents (+6,3%). Le secteur a connu des jours meilleurs et là encore, la loi Lang et des circuits de distribution plus sélectifs contribuent à amortir des chutes plus brutales des chiffres de vente. Pour résister à ces baisses et à l’augmentation des coûts de production de ces ouvrages, les éditeurs multiplient les coproductions, les partenariats avec les entreprises et les institutions. Enfin, ils réduisent leurs prix de production, ces ouvrages étant de plus en plus souvent fabriqués en Chine et dans les pays de l’est.

Interview
Pierre Vallaud,

Directeur des Éditions de la Réunion des Musées Nationaux

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Vous éditez des ouvrages prestigieux...
Pierre Vallaud : L’essentiel de nos publications sont en effet de grand prestige, comme en témoignent les réussites des ventes de celles de l’automne qui accompagnaient les expositions du Grand Palais : Mélancolie, génie et folie en Occident ou Klimt, Schiele, Moser, Kokoshka, Vienne 1900. Dès mon arrivée, j’ai d’ailleurs mis en place une politique de coédition. Nous avons ainsi édité Le Sacre de Napoléon avec Fayard, nous venons de publier Ingres, regards croisés avec Mengès, et le dernier catalogue Picasso/Dora Maar avec Flammarion.

Comment financez-vous ces ouvrages et quels sont leurs circuits de diffusion ?
P. V. : Les ouvrages de ce genre, qui demandent d’importants investissements, constituent un risque pour tous les éditeurs. Nous sommes un établissement public, mais industriel et commercial ; lorsque nous ne sommes pas dans le cadre de notre mission de service public, nous devons rentabiliser nos opérations. Nous possédons nos propres librairies, implantées dans les musées et évidemment propices à l'achat de livres de cette nature, même si toute une frange des visiteurs de musées sont des touristes, qui n'achètent pas ces ouvrages en général relativement onéreux. Ensuite, nous sommes distribués par un distributeur/diffuseur comme n'importe quel éditeur privé.

Quel est l’avenir des beaux livres ?
P. V. : C'est un marché difficile parce que le monde de l'image met en concurrence la télévision, le multimédia... mais c'est là que tout se joue. Il faut publier des ouvrages de qualité et proposer un prix qui demeure abordable. Mais quand on lui offre un objet de qualité, le public est tout à fait capable de l'acheter à son juste prix. Il ne faut pas multiplier les ouvrages génériques parce qu'ils sont totalement interchangeables. Par ailleurs, les livres un peu plus thématiques sont appelés à un avenir, parce qu'il y a un angle d'attaque, une réflexion, un point de vue. Quand il y a un propos sur un sujet, nouveau et enrichissant pour le débat, un beau livre trouve toujours son lectorat.
Propos recueillis par Daniel Dussausaye

Éditions de la RMN
• Directeur des Éditions : Pierre Vallaud
• Responsable du département livres, images et jeunesse : Catherine Marquet
Effectif : 20 personnes


Interview
Gérard Chenuet,

Directeur éditorial de Reader's Digest France
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Qu’est-ce qu’un beau livre ?
Gérard Chenuet : La définition très large inclut un grand nombre d'ouvrages dans le segment : albums, guides pratiques et touristiques... Dans ce très large éventail, l'avenir de certains livres semble sombre. Cela dit, nous sommes dans une évolution logique de marché, aux confins d'un changement de supports. Dans beaucoup de domaines, le papier va "tranquillement" disparaître. Seuls comptent les contenus et leur qualité, et ce quelle que soit la manière dont ils sont véhiculés. Ils seront toujours vivants et à la disposition des lecteurs sous des formes numériques à utiliser chez soi ou en tout autre lieu. L'éditeur doit s'adapter s'il veut survivre. Les nouvelles générations formées à la culture du numérique développent progressivement des modes de consultation de l'information très différents... Pour l'instant et en attendant ce changement inéluctable, le livre doit également combattre à la fois un environnement économique difficile et la féroce concurrence des CD, DVD, jeux vidéo... L'acheteur potentiel n'a qu'un porte-monnaie et son moindre pouvoir d'achat se répartit sur une offre pléthorique dans laquelle le livre apparaît comme le parent pauvre.

Quels types d’ouvrages fabriquez-vous ?

G. C. : Une équipe éditoriale interne réalise surtout du "beau livre" dans les domaines des guides pratiques - tourisme, jardinage, cuisine... -, des atlas, des albums et des anthologies. Nous publions certains ouvrages sur des canaux traditionnels et d'autres aux spécifications plus importantes en VPC. Ces derniers sont vendus sur nos fichiers à une clientèle très fidèle et amoureuse du livre très bien réalisé. Ces gros ouvrages sont généralement proposés à des prix de vente plus élevés que la moyenne car nous y consacrons des investissements éditoriaux et des temps de réalisation très importants.

Le beau livre ne participe-t-il pas aussi d'une politique générale de spécialisation ?

G. C. : J'ai souvent été étonné par le peu de connaissance des prescripteurs d'ouvrages au sujet de la qualité des contenus. Leur credo se résume souvent en "bel emballage" et "petit prix de vente"... C'est certainement l'un des paramètres de l'équation "faillite du livre", où le médiocre le dispute au quelconque, où l'offre pléthorique, parfois de très mauvaise qualité, submerge libraires et clients et où personne ne peut reconnaître le bon grain de l'ivraie.

Propos recueillis par Daniel Dussausaye



Reader's Digest France
• Président Directeur Général : Emmanuel Lecoq
• Directeur éditorial : Gérard Chenuet
• Directeur éditorial (livres condensés) : Patrice Mentha
• Directeur marketing : Éric Avril
CA 2004/2005 : 100 millions d'euros
Effectif France : 210 personnes
Nombre de titres en catalogue : environ 150


Interview
Gérard Aimé,

Directeur Général des Éditions Alternatives
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Vous ne semblez pas partager la définition des beaux livres proposée par le SNE ?
Gérard Aimé : Il y a eu une évolution dans sa définition. Selon certains, un livre sur Picasso est par nature un beau livre, quelles que soient sa forme, la qualité de son papier ou de la maquette, alors qu'un ouvrage sur les graffitis ne pourrait en aucun cas prétendre faire partie de cette catégorie. Or, le beau livre est-il seulement beau par l'idée qu'on se fait de l'artiste ou de l'art qui y est traité ? C'est absurde. Les artistes reconnus ont droit à l'appellation beau livre alors que les "arts modestes", c'est-à-dire ceux qui ne sont pas faits pour terminer au musée, ne pouvaient pas en bénéficier.

Cela a-t-il évolué depuis ?
G. A : Je n'en suis pas sûr. En fait, il manque actuellement une définition globale pour remplacer cette appellation beau livre totalement désuette. Dans la liste des meilleures ventes "beaux livres" de Livres Hebdo, publiée en fin d'année, on trouve toute une production de livres illustrés, dans laquelle figurent des ouvrages pratiques, des livres de photos, d'autres traitant de l'art mérovingien... Le milieu de l'édition n'a jamais su très bien définir ces ouvrages et les placer dans des catégories précises.

Leur classement n'est-il pas de fait un peu arbitraire ?
G. A : C'est relativement nouveau. Il y a encore une trentaine d'années, la reproduction n'était pas très fidèle. Les progrès techniques de ces dernières années ont permis une amélioration spectaculaire. De plus en plus de livres sont "beaux". Résultat, on ne sait plus comment les définir. On a tendance à les considérer comme beaux par la nature du sujet traité, généralement un sujet artistique conventionnel, ou au contraire à nommer "beau livre" tout livre cher et à offrir, les fameux "coffee table books".

Comment réussissez-vous à imposer vos ouvrages face à la concurrence de grands éditeurs ?
G. A : Notre secret, c'est que nous pouvons rentabiliser des ouvrages tirés à 3 000 exemplaires, ce qui est difficile pour les gros éditeurs, qui doivent faire face à des frais généraux plus lourds que chez nous. On peut donc aborder des sujets intéressants, mais pour de plus petits publics, ce qui fait souvent peur aux petites structures.
Propos recueillis par Daniel Dussausaye

Éditions Alternatives
• Directeurs Généraux : Patrice Aoust et Gérard Aimé
CA 2005 : 1 million d'euros
Effectif : 5 personnes
Nombre de titres en catalogue : 260

Interview
Alexandre Falco,

Directeur Achats et Publication de Maxi-Livres
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Combien de beaux livres le réseau Maxi-Livres a-t-il vendu en 2005 ?
Alexandre Falco : Maxi-Livres réalise environ 25% de ses ventes sur le segment des beaux livres, qui représentent environ un million et demi de livres, si on additionne aux ouvrages sur l'art, le voyage, la locomotion et les beaux livres sur les animaux. Maxi-Livres est le seul acteur du marché à maintenir tout au long de l'année un assortiment large sur ce type d'ouvrages.

Quelles sont vos sources d'approvisionnement ?
A. F. : D'abord les promotions d'éditeur. Il s'agit de produits ne se vendant plus sur le circuit traditionnel et pour lesquels nous achetons la totalité du stock auprès de l'éditeur. Nous proposons ces livres à nos clients à un nouveau prix public, correspondant souvent à une remise entre 50% et 70% du prix précédemment pratiqué. Nous travaillons avec les éditeurs français tels que La Martinière, Grund, National Geographic... Autre source d'approvisionnement, la co-édition. Sous la marque Éditions de la Seine, nous publions en co-édition avec des éditeurs français ou étrangers des ouvrages correspondant à nos besoins et à nos incontournables. C'est le cas pour les collections Taschen, Atlas ou Terrail pour Maxi-Livres. Dernière source d'approvisionnement, le meilleur de l'actualité. C'est une sélection courte des nouveautés d'éditeurs que nous choisissons en fonction des événements : les catalogues d'exposition par exemple. Ces ouvrages sont vendus au même prix public que dans les autres circuits et nos clients bénéficient de la seule remise autorisée de 5%.

Les livres d'art semblent être le fond de commerce de Maxi-Livres. Comment l'expliquez-vous ?
A. F. : Ce sont des produits onéreux. Via les promotions d'éditeurs, Maxi-Livres a un leadership sur leur vente ; nous disposons en outre d'un réseau de 143 magasins. Maxi-Livres a aussi acquis ce marché en étant "découvreur", par exemple de Taschen, Könemann ou Te Neues et bientôt d'autres... Quand ces éditeurs ont pris la décision de s'implanter en France, ils se sont tout naturellement adressé à nous parce que nous sommes la seule chaîne de librairies ne vendant que du livre, en particulier illustré !

Pourquoi ces livres sont-ils arrêtés par les éditeurs ?
A. F. : En raison de la production annuelle - environ 55 000 nouveautés pour 2005 -, une nouveauté chasse l'autre. C'est là que Maxi-Livres intervient en donnant une deuxième vie à un livre avant qu'il ne "meure". Une étude sur le prix à pratiquer est menée et un cycle de vie court de six mois est décidé. Une fois ce cycle terminé, soit le produit devient un incontournable de notre collection, soit il fait l'objet d'un second arrêt de commercialisation et disparaît de notre assortiment.

Quel est selon vous l'avenir de ce type d'ouvrages en général et chez Maxi-Livres en particulier ?
A. F. : Le livre illustré a bénéficié depuis quelques années des améliorations techniques industrielles, qui ont permis de baisser de façon importante le prix public. Le marché s'est élargi en se démocratisant. À l'avenir, avec un cycle de vie de plus en plus court en librairie, l'offre de produits de promotion d'éditeurs continuera à être une offre importante pour Maxi-Livres. Toutefois, pour répondre à une demande croissante de notre clientèle, nous proposons aussi une sélection des livres d'art qui font l'actualité, au prix public pratiqué dans le marché
Propos recueillis par Daniel Dussausaye

Maxi-Livres
• Président Directeur Général : Xavier Chambon
• Directeur commercial groupe : Christian Dominé
• Directeur produit : Alexandre Falco
• Directeur marketing : Laurent Estival
CA 2005 : 45 millions d’euros
Effectif : 550 personnes
Nombre de références en magasin : 3500 en moyenne