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Musées et expositions,
l'époque est au virtuel


presseedition.fr 07/04/2021
Contraints de fermer leurs portes au public, les musées s'adaptent à la situation sanitaire et proposent, en attendant une hypothétique réouverture, de plus en plus de visites, d'événements et de programmes pédagogiques virtuels.

Si tu ne vas pas au musée, le musée viendra à toi!

Plutôt que de se résoudre au silence de nombreux établissements culturels proposent désormais des visites de presse et  des visites virtuelles.
Tout démarre en novembre dernier avec la nuit des musées où 7 musées proposaient une programmation en ligne. Plus récemment, côté presse, le Guggenheim Bilbao proposait une visite de presse virtuelle le 28 janvier dernier, de l'exposition Bilbao et la peinture. L'Institut des Cultures d'Islam conviait les journalistes à l'inauguration en ligne le 3 février dernier de l'exposisiton Zone Franche
Côté expositions virtuelles : Valandon et ses contemporains. Peintres et sculptrices, 1880-1940, au musée des Beaux-Arts de Limoges, une exposition virtuelle disponible jusqu'au 31mars 2021. Les musées de  Limoges s'invitent chez vous : "Si le public ne peut se rendre aux musées, ce sont les musées qui viendront jusqu’au public : telle est la volonté de la Ville de Limoges.  Élue ville créative de l’Unesco depuis 2017, Limoges s’invite chez vous avec son musée des Beaux-Arts et son musée de la Résistance qui, à défaut d’ouvrir leurs portes, proposent des visites numériques interactives en 3D de leurs expositions temporaires. L’occasion pour le public de vivre une expérience sensorielle et émotionnelle au travers de deux expositions qui ont marqué la saison culturelle 2020/2021".
Quand au Musée des Beaux-Arts de Lyon, il conviait le public à une visite vidéo de l'exposition Picasso. Evidemment, bien d'autres musées, grands ou petits, nationaux ou régionaux proposent eux aussi des visites virtuelles diverses et variées.
                                                                
Nous avons convié Agnès Benayer, Directrice de la communication et du numérique du Centre Pompidou ;

des responsables de la culture de la ville de Lilmoges ;

Jean-christophe Castelain, éditeur de l'Oeil et du Journal des Arts et rédacteur en chef du Journal des Arts ;

Philippe Régnier, Directeur de la rédaction de The Art Newspaper  Edition française, à s'exprimer sur le sujet.



                                                                                    Herve Veronese @Centre Pompidou
Herve_Veronese__Centre_PompidouOK.jpgQuestions à

Agnès Benayer

directrice de la communication et du numérique

du Centre Pompidou


 

La pandémie, le confinement et les mesures gouvernementales pour la fermeture des musées, vous ont contraint   à repenser vos stratégies  pour accueillir le public et limiter les pertes de

recettes?
Agnés Benayer : La situation sanitaire nous a bien entendu contraint à revoir l’ensemble de notre organisation et de notre programmation. Nous avons privilégié le plus possible le report des manifestations de façon à continuer à soutenir les artistes et la création mais aussi à être en capacité de rouvrir à tout moment dans les meilleures conditions d’accueil. Lors de notre réouverture, après le premier confinement, nous avions porté une attention toute particulière au public, en leur offrant par exemples des visites gratuites avec les conservateurs et conservatrices du musée. Les pertes de recettes  sont liées à le fermeture, à la fréquentation réduite en raison des jauges, à la baisse des ressources propres. Nous nous sommes bien entendu attachés à les limiter le plus possible mais compte tenu des annonces de report successifs, il n’est pas aisé d’anticiper les impacts et de déployer une stratégie en période de grande incertitude. Fin octobre, nous pensions réellement que l’exposition «Matisse comme un roman» aurait rouvert avant sa clôture fin février…

Quelles solutions et stratégies  avez-vous mises en place  pour   accueillir virtuellement le  public et  générer de nouvelles

recettes?
Agnés Benayer : Très vite, nous avons basculé notre site Internet en plateforme de contenus de façon à garder le lien avec le public et lui proposer une offre de  ressources qui était déjà très riche. En effet,  notre stratégie numérique avait permis de développer les visites d’expositions en vidéo, les podcasts, les cours en ligne etc. La crise a confirmé ces choix et accéléré  certains projets comme le lancement du jeu vidéo prisme7 ou la mise en ligne de notre nouveau site internet en novembre 2020. Mais nous avons également tiré profit de la période pour expérimenter d’autres formats comme la réalisation de l’exposition Miro en réalité virtuelle, la création d’une salle de cinéma pour visionner les films du musée etc. Plus récemment, nous avons également transformé le festival «Hors-Pistes» en une édition tout numérique. Le numérique nous a ainsi permis de maintenir une programmation accessible. Nous l’abordons comme un moyen de remplir notre mission de service public en partageant avec le plus grand nombre l'art et la culture. C’est pourquoi ces contenus sont restés gratuits en particulier dans cette période où nous en sommes privés. Bien sûr, nous en considérons aussi la monétisation mais nous l'étudions à ce jour dans le cadre des visites plus interactives.

Quel bilan et quels enseignements avez-vous tiré  pour votre ou vos premières  expériences d'expositions en ligne?

Agnés Benayer : Les retours qualitatifs sont aujourd’hui excellents, et nous avons mesuré par ailleurs de fortes augmentations de nos visites sur les contenus. Cela nous pousse à continuer nos efforts afin de toucher plus de visiteurs potentiels. Le retour sur investissement est donc très fort si l’on considère les objectifs de notoriété et de communication de notre programmation dans la mesure où nous pouvons en mesurer le «reach» sur les plateformes numériques (nombre de personnes touchées).

Le public répond-il à vos propositions?

Agnés Benayer : Les expositions en ligne que nous réalisons sous forme de visite vidéo immersives et guidées par le ou la commissaire ont eu un grand succès durant la période. La consultation des expositions passées a fortement augmenté durant le confinement, ainsi l’exposition « Bacon en toutes lettres »  a totalisé plus de 200 000 visites . Le numérique a d’une certaine façon pris le relais des visites. Même si rien ne remplace la visite in situ l’exposition «Matisse comme un roman» a attiré près de 250.000 visiteurs en ligne alors que l’expérience VR Miro a dépassé les 35.000 visites. Le public est donc présent et nous recevons de nombreux commentaires positifs sur nos réseaux sociaux. 

Quelles types de communication avez-vous mis en place?

Agnés Benayer : Nous  mobilisons tous nos canaux de communication pour faire connaître ces initiatives en particulier nos réseaux sociaux qui comptent des communautés importantes et très actives. Le taux d’engagement a d’ailleurs fortement augmenté durant cette période. Mais nous communiquons également via nos lettres d’information ou des communications ciblées envers nos publics, partenaires, médias, professionnels etc.

Faîtes-vous plus amplement appel aux mécènes et sont-ils réceptifs à ce type d'expositions en ligne?

Agnés Benayer : Nous avons la chance d’avoir des mécènes qui nous ont soutenu aussi pendant cette période difficile. Etant privés de visites dédiées qui font souvent partie des contreparties, nous réfléchissons actuellement aux offres en ligne que nous pourrons dévélopper spécialement pour eux.

Quels moyens techniques et solutions avez-vous mis en place pour réaliser vos expositions virtuelles?
Agnés Benayer : Nous testons tous les formats afin de voir lesquels répondent le mieux aux attentes de notre public. L’exposition vituelle Miro VR avec WOALab se base sur un développement en réalité virtuelle totale dans un espace qui n’existe pas dans la réalité. L’exposition «Dans l’intimité de Kandinsky» avec Google Arts et Culture, elle, repose sur une technologie en réalité augmentée utilisant la fonction gyroscopique du téléphone et accompagnée d’un travail de recherche de plus de 2 ans pour donner accès à l’intégralité du fond. Nous avons également des projets en cours autour de la technologie 360° 3D Matterport. Nous produisons également maintenant systématiquement pour chaque grande exposition la visite en vidéo par le commissaire qui est un format extrêment prébicité.

Quelles sont les expositions actuellement disponibles en ligne et quels sont vos projets?
Agnés Benayer : Toutes nos grandes expositions bénéficient donc d’une visite vidéo en ligne par leur commissaire accessibles gratuitement sur Youtube et le portail vidéo sur notre site (Bacon, Matisse, Marti Barré, Christo, Vasarely, Dora Maar, Boltanski…). Nous offrons également une visite virtuelle des 3 bleus de Miro et une grande restrospective autour de Kandinsky avec un accrochage avec une expérience en réalité augmentée. Les projets à venir concernent à la fois le reconstitution d’expositions passées, mais également l’accès aux expositions en cours de montage.

Pensez-vous continuer à diffuser vos expositions en ligne si la situation s'améliore et que vous puissiez ouvrir à nouveau au public?
Agnés Benayer : Absolument, nous le faisions avant cette fermeture considérant que le numérique apporte des contenus complémentaires aux expositions, permet de les découvrir lorsque l’on ne réside pas près de Paris, il contribue à faire découvrir l’art moderne et contemporain, nos débats et conférences. Il permet également d’apporter d’autres éclairages, c’est à ce titre que nous avons notamment lancé récemment notre magazine en ligne. La crise a probablement généré de nouvelles habitudes de consultation et créer des usages nouveaux, nous considérons que ces expositions en ligne seront davantage encore attendues des visiteurs et qu’il serait difficile de s’en passer à l’avenir.

 

A propos de Agnès Benayer
Spécialiste en communication institutionnelle dans des contextes multilatéraux et interculturels, Agnès Benayer est directrice de la communication et du numérique du Centre Pompidou depuis 2019. Elle a précédemment  exercé les fonctions de directrice de la communication de TV5MONDE, la chaîne culturelle francophone mondiale (de 2008 à 2015 puis en 2018). De 2015 à 2017, elle a été nommée Commissaire générale de l’Année France-Corée, année culturelle croisée entre les deux pays. Agnès Benayer a également exercé les responsabilités de directrice de la communication et des partenariats de l’Association française d’action artistique (dénommée aujourd’hui Institut Français), entre 2003 et 2008. Chevalière de l’Ordre des Arts et Lettres, elle est diplômée de l’École des Hautes études en sciences de l’information et de la communication (CELSA, Paris IV La Sorbonne) et de l’Université de Provence en histoire contemporaine.

A  propos du Centre Pompidou
Depuis 1977, le Centre Pompidou n’a cessé d’être un lieu profondément ancré dans la cité et ouvert sur le monde et l’innovation. Son bâtiment emblématique abrite la plus riche collection d’art moderne et contemporain en Europe, l’une des deux plus grandes au monde, ainsi que des expositions, des colloques, des festivals, des spectacles, des projections ou des ateliers pour le jeune public. Sa programmation d’une extrême richesse, au croisement des disciplines et des publics, attire chaque année plus de 3,5 millions de visiteurs. Fidèle à sa volonté de rendre accessible au plus grand nombre la culture et la création, le Centre Pompidou développe sa présence dans les régions et à l’international.
Plus d’informations : centrepompidou.fr

 


L'expérience du Musée de la Résistance

de Limoges

La pandémie, le confinement et les mesures gouvernementales pour la fermeture des musées, vous ont contraint à repenser vos stratégies  pour accueillir le public et limiter les pertes de recettes? Quelles solutions et stratégies avez-vous mises en place pour accueilli virtuellement le le public et générer de nouvelles recettes?
Le public a été informé des mesures mises en place par le musée de la Résistance au fur et à mesure que la situation sanitaire évoluait.
Nous avons réalisé la visite virtuelle de l’exposition «Sport, Mémoire & Défense» au cours du second confinement. L’accès à cette exposition est totalement gratuit pour le public. Parallèlement, la mairie de Limoges a voté la gratuité des musées jusqu’au 31 décembre 2021.

Quel bilan et quels enseignements avez-vous tiré pour votre ou vos premières expériences d'expositions en ligne ?
Nous sommes très satisfaits du résultat! Néamnoins nous avons découvert avec la société 3.6.0, qui a réalisé la visite virtuelle, que certaines contraintes liés au monde muséal comme l’éclairage par exemple, étaient à prendre en compte pour la réalisation de telles visites.

Le public répond-il à vos propositions?
Oui le public est au rendez-vous et il apprécie ce genre d’initiatives! Nous n’avons eu que des retours positfs !

Quels types de communication avez-vous mis en place?
Nous avons communiqué sur notre site internet, sur nos pages réseaux sociaux (Facebook et Instagram) et au travers de notre newsletter. La Ville de Limoges a relayé l’information dans ses différents médias : site, réseaux sociaux, Vivre à Limoges, Agenda culturel…). Nous avaons également été sollicités par la presse pour présenter cette exposition virtuelle.

Quels moyens techniques et solutions avez-vous mis en place pour réalisez vos expositions virtuelles?

Toutes les solutions techniques ont été apportées par la société 3.6.0.

Quelles sont les expositions actuellement disponibles en ligne et quels sont vos projets?
La visite virtuelle de l’exposition «Sport, Mémoire & Défense» est visible jusqu’au 17 mai 2021. Nous réflechissons actuellement à réaliser une visite virtuelle de l’exposition permanente du Musée de la Résistance.

Pensez continuer à diffuser vos expositions en ligne si la situation s'améliore et que vous puissiez ouvrir à nouveau au public
Oui nous conserverons les visites virtuelles quand le musée sera de nouveau ouvert. Nous toucherons ainsi un public qui n’est pas sur place.

 

Musée de la Résistance de Limoges
Inauguré en janvier 2012, le musée de la résistance est devenu progressivement un musée d’histoire du XXe siècle. Il a pour mission principale de faire connaître les évènements historiques du pays et de la région, de montrer les valeurs républicaines et de les diffuser. Il enrichit ses collections par achat et dons et les met en valeur lors des expositions. Cet établissement culturel de la Ville de Limoges illustre les valeurs citoyennes et solidaires portées par la Résistance pendant la Seconde Guerre mondiale. Dédié à tous ceux qui se sont sacrifiés pour défendre les valeurs fondamentales de la République, il a pour vocation de faire vivre la mémoire en offrant un lieu pédagogique et de diffusion de l’information, notamment pour le jeune public. Situé dans l’ancien couvent des Sœurs de la Providence du XVIIe et XVIIIe siècle rue Neuve Saint-Etienne, au cœur au quartier de la Cité, il propose sur 1400m2 un parcours muséographique retraçant rigoureusement les faits historiques de la Seconde guerre mondiale et particulièrement  la Résistance, l’occupation et la déportation en Haute-Vienne. Décliné en dix séquences, à partir de 1939, ce parcours dynamique découle du programme scientifique élaboré par Olivier Wieviorka, historien de renommée nationale et spécialiste de la Seconde Guerre mondiale, Pascal Plas, historien spécialiste de la Seconde Guerre mondiale dans le Centre-Ouest, et Annie Martin, directrice du musée. Deux plateaux accueillent les collections permanentes, constituées de près de 800 pièces. Le musée comprend également une salle d’expositions temporaires, une salle pédagogique permettant l’organisation d’animations pour les scolaires, et un centre de documentation ouvert aux chercheurs. Ce  musée a été réalisé par la Ville de Limoges pour un coût de 7 millions d’euros. Son aménagement a nécessité de très importants travaux entre 2009 et 2011, qui ont permis de valoriser un patrimoine remarquable. En plus du musée de la Résistance l’ensemble immobilier réhabilité comporte une salle de conférence, l’espace Simone Veil.
Musée de la Résistance de Limoges
7 rue Neuve Saint-Etienne 87000 Limoges
05.55.45.84.44

                                                                                                                    ©Fred Marigaux

JCC_06OK.jpgQuestions à

Jean-Christophe Castelain,

rédacteur en chef

du Journal des Arts

 

 

 

 

La pandémie, le confinement et les mesures gouvernementales ont contraint les musées à fermer leurs établissements. En tant que journaliste spécialiste du monde de l'art que pensez-vous de l'offre d'exposition en ligne qui tend à se développer aujourd'hui?
Jean-Christophe Castelain : Elle reste très insuffisante et je m’étonne que les musées n’aient pas plus profité de leur fermeture forcée pour mettre en ligne les expositions du moment.

Quelles expositions virtuelles avez-vous visitées et quel enseignement en tirez-vous?

Jean-Christophe Castelain : J’ai en tête deux visites virtuelles qui utilisent deux formats différents. La visite des collections permanentes du Musée d’art et d’archéologie de Senlis qui utilise une technologie très répandue où l’utilisateur se gère lui-même sa promenade et une visite guidée plus traditionnelle sous forme de vidéo (Matisse au Centre Pompidou) où le commissaire de l’exposition va de tableau en tableau et les commente. Je préfère le deuxième format, mais l’idéal est d’offrir les deux aux visteurs.

Pensez-vous qu'ils doivent continuer à proposer  leurs  expositions en ligne si la situation sanitaire s'améliore?

Jean-Christophe Castelain : Oui c’est indispensable. Contrairement à une idée reçue, cela ne va pas remplacer la visite physique, cela va au contraire inciter les regardeurs à aller la voir au musée. Par ailleurs, cela permettrait de revoir les expositions passées. J’aimerais revoir « Picasso et les Maitres » au Grand Palais en 2009. Jean-Christophe Castelain est l’éditeur depuis près de 20 ans de L’ŒIL et du Journal des Arts et le rédacteur en chef du Journal des Arts et de son site. Créé en 1994, Le Journal des Arts (format tabloid) est un quinzomadaire qui couvre toute l’actualité de l’art et de son marché.

 

 


Philippe_Re__gnierOK.jpgAvis d'Expert,

L'art en ligne (de mire)

par Philippe Régnier,

Directeur de la rédaction

de The Art Newspaper Edition française

La crise sanitaire sans précédent que traversent de nombreux pays du monde, dont la France, a profondément bouleversé le monde de l’art. Face aux fermetures imposées par les gouvernements pour lutter contre la pandémie, le milieu de l’art a dû se réinventer, avec plus ou moins de réussite, pour transférer une partie de ses activités en ligne.
Les maisons de ventes avaient depuis longtemps franchi le pas et développé une partie de leur business sur le web. La première vente aux enchères sur Internet s’est déroulée dès février 1997, organisée depuis Paris par l’étude Binoche en collaboration avec une société pionnière dans les ventes en ligne, et aujourd’hui disparue, N@rt. Depuis, les commissaires-priseurs ont enrichi leurs outils et affiné leur stratégie. Ce sont habituellement les ventes de deuxième catégorie qui trouvent refuge sur Internet, celles des œuvres aux plus faibles estimations ou les vacations de mode et d’art de vivre. Mais, la crise sanitaire a bouleversé la donne. Parfois privées de public, les ventes ont alors dû migrer intégralement en ligne, conduisant à des expériences inédites. Ainsi, Christie’s a organisé le 10 juillet 2020 la vente ONE, consacrée à l’art du XXe siècle, qui s’est déroulée successivement en direct de quatre villes : Hong Kong, Paris, Londres et New York. Globalement, les ventes mondiales d’art et d’antiquités ont connu en 2020 une baisse par rapport à l’année précédente de 22 %, pour totaliser 50,1 milliards de dollars (42 milliards d’euros), selon le dernier Art Basel and UBS Global Art Market Report. Cette étude a pointé une augmentation rapide des ventes en ligne, dont la valeur a doublé entre 2019 et 2020 pour représenter un quart des transactions globales, atteignant le chiffre record de 12,4 milliards de dollars (10,4 milliards d’euros).
Si le transfert en ligne d’une certaine partie de l’activité des maisons de ventes s’est fait relativement naturellement, il en a été tout autrement pour les foires qui ont été les grandes victimes de la pandémie. Sur les 365 salons prévus dans le monde en 2020, 61 % ont été annulés, selon le Art Basel and UBS Global Art Market Report. Leader mondial des foires d’art moderne et contemporain, Art Basel a dû annuler ses trois manifestations de 2020 à Hong Kong, Bâle et Miami Beach. À Paris, la FIAC et Paris Photo n’ont pas non plus pu se tenir. Pourtant, les salons sont depuis quelques années essentiels dans l’écosystème des galeries. Alors que les foires d’art représentaient près de 50 % des ventes annuelles des marchands, ce chiffre a dramatiquement chuté en 2020 pour atteindre 13 % seulement. Les organisateurs ont cependant transféré en ligne une bonne partie de leurs activités, créant des Online Viewing Room (OVR) permettant aux galeries de disposer de stands virtuels, à l’image des FIAC Online Viewing Rooms qui se sont déroulées du 2 au 7 mars 2021. Ces événements n’ont pourtant pas rencontré le succès espéré. En 2020, selon le Art Basel and UBS Global Art Market Report, les marchands n’ont totalisé que 9 % de leurs chiffres d’affaires dans les foires en ligne. De son côté, la Biennale Paris (ex-Biennale des Antiquaires) dont l’édition de septembre 2020 avait été annulée, avait conclu un accord avec Christie’s pour organiser une vente aux enchères réunissant des œuvres de ses exposants. Ici encore, les résultats n’ont pas été à la hauteur des attentes.
Musées, fondations et centres d’art sont, du fait de la pandémie, confrontés à la plus importante période de fermeture de leur histoire. Dans ces conditions, de nombreuses expositions ont été annulées, reportée ou transférées en ligne. Ainsi, la grande rétrospective consacrée par la Fondation Louis Vuitton (Paris) à la photographe américaine Cindy Sherman a dû fermer ses portes prématurément. Des visites guidées payantes se sont alors substituées au parcours dans les salles du bâtiment de Frank Gehry. L’exposition « Noir & Blanc : une esthétique de la photographie. Collection de la Bibliothèque nationale de France », prévue au Grand Palais, à Paris, du 8 avril au 6 juillet 2020, puis reportée une première fois du 12 novembre au 4 janvier 2021, et une seconde fois du 16 décembre au 1er février 2021, n’a finalement pu ouvrir ses portes. En conséquence, comme les œuvres étaient accrochées, une visite virtuelle est disponible sur Internet. D’autres projets enfin ont été conçus seulement pour la toile. Tel est le cas de «Dans l’intimité de Kandinsky», proposé par le Centre Pompidou en collaboration avec Google Arts & Culture. Ce parcours a été pensé par une conservatrice de l’institution, Angela Lampe, en faisant appel à différents éléments sensoriels et cognitifs nécessaires à sa compréhension.
En parallèle, cette période de pandémie et de replis sur Internet voit le développement des œuvres NFT (jeton non fongible) entièrement numériques. Le 11 mars a été vendu par Christie’s The First 5000 Days de Beeple au prix de 69 millions de dollars. Ce record n’a fait que renforcer l’intérêt naissant pour le « crypto-art ». Assez paradoxalement, alors que ces artistes conçoivent des œuvres entièrement numériques, vient d’être créée à New York la première galerie dédiée à ces œuvres digitales, la Superchief Gallery. Mais elle n’est pas virtuelle, celle-là…

The Art Newspaper Edition française
Fondé à Paris en 2018, The Art Newspaper Edition française fait partie du Groupe The Art Newspaper, établi à Londres en 1990. Ce réseau unique de titres de presse papier et en ligne est présent à travers le monde avec plus de 50 correspondants dans 30 pays et des antennes éditoriales à Londres, Turin, New York, Moscou, Shanghai et Athènes. Respecté pour son travail d’investigation, son indépendance et sa vision globale inégalée dans le champ de la presse artistique, The Art Newspaper est la publication de référence pour tous les acteurs du milieu de l’art à travers le monde. L’édition française publie un mensuel papier, un Daily numérique et dispose d’un site Internet : artnewspaper.fr