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Une communication financière importante nuit à l’innovation des entreprises


Presse Edition 13/01/2021
Selon une nouvelle étude de la Business School (anciennement la Cass Business School), les entreprises devraient revoir la fréquence de publication de leurs rapports à la baisse afin de laisser plus de place à l’innovation et de permettre une réflexion à plus long terme.


Cette étude, co-écrite par le Dr Arthur Kraft, maître de conférences en comptabilité, révèle que lorsque leurs organisations se voient imposer, ou s’imposent, une publication plus régulière de leurs comptes financiers, les dirigeants sont forcés de se concentrer sur la maximisation rapide des bénéfices au détriment de la mise en place d’une stratégie à long terme. La diminution de l’attention portée aux objectifs à long terme entrave alors la réflexion prospective, empêchant tout investissement dans l’innovation par crainte de dépenses à court terme.
D’autre part, une approche plus souple des exigences en matière de rapports permet aux dirigeants de se concentrer moins sur les hausses à court terme, qui permettent de rassurer les actionnaires, que sur l’augmentation de dépenses liées à des projets de plus grande valeur.
L’étude a examiné le nombre, la valeur et les citations des demandes de brevet des entreprises américaines en fonction des modifications des exigences en matière de réglementation financière de la Securities and Exchange Commission (SEC) au XXe siècle. Au cours de la période couverte par l’étude, les exigences légales sont passées du rapport annuel en 1934, au rapport semestriel en 1955, pour arriver au rapport trimestriel en 1970.
En analysant les changements survenus dans les entreprises ayant subi l’évolution des exigences financières par rapport à celles qui n’étaient pas concernées par les réglementations en vigueur, l’étude montre que les entreprises ayant augmenté la fréquence de publication de leurs rapports au cours de cette période ont connu :
- une baisse de 1,87 brevet par an ;
- une baisse de 19,58 non-autocitations de leurs brevets ;
- une perte de valeur de leurs brevets de 1,76 million de dollars.

Ces résultats suggèrent que plus les dirigeants sont placés sous le microscope, plus la quantité et la qualité des innovations diminuent. En conséquence, cela pourrait mener à l’inertie et à une culture de l’immobilisme si les organisations refusent d’investir. D’après Arthur Kraft, bien que les dirigeants aient l’obligation légale et éthique de rendre des comptes à leurs actionnaires, une surveillance démesurée, sous la forme de rapports réguliers, pourrait encourager une prudence excessive.
«Augmenter la fréquence des rapports permet d’accroître la transparence et de générer des opportunités d’investissement externe.
Toutefois, les actionnaires et les régulateurs financiers devraient tenir compte des facteurs inhibiteurs que cette approche risque d’avoir sur les dirigeants et leurs motivations en matière de performances.
L’innovation des entreprises présente des avantages considérables pour l’économie mondiale, et les dirigeants devraient être encouragés à adopter une approche plus holistique de la planification à long terme et ainsi contribuer à améliorer la viabilité des entreprises
», estime-t-il.

Pour Arthur Kraft, même si la situation est sans précédent, la pandémie de coronavirus actuelle nous prouve que les entreprises gagneraient à être plus prévoyantes.
«Les investissements dans l’innovation sont certes onéreux au démarrage (frais de recherches, de développement et de mise en œuvre), mais ils sont indispensables à toute entreprise qui souhaite se développer. Même si personne n’aurait pu prévoir les événements de 2020, il est évident que les entreprises qui ont su adapter leur modèle économique et leurs services à un public à distance sont généralement celles qui ont le mieux réussi à traverser cette pandémie. Être capable de s’adapter à ce que pourrait être la “nouvelle normalité” nécessitera d’investir dans l’innovation comme jamais auparavant, et il est important que les dirigeants puissent agir en ce sens.»

Consultez le rapport complet Financial Reporting Frequency and Corporate Innovation, publié dans la revue Journal of Law and Economics.