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10 Questions à Guillaume Le Jeune, président de Culture Papier

10 Questions à Guillaume Le Jeune, président de Culture Papier

© photo David Marnier

 

presseediton.fr 16/06/2021
Culture Papier promeut la modernité du papier et de l’imprimé. Guillaume Le jeune préside l’association depuis septembre 2020 revendique les valeurs citoyennes du papier, ressource naturelle renouvelable et recyclable et sa complémentarité nécessaire avec le digital pour une déconnexion responsable.

Par qui, quand, comment et pourquoi Culture Papier a été créé?

Guillaume Le Jeune : L’association Culture Papier a été créée en janvier 2010 par trois acteurs de la filière graphique : l’UNIIC, La Poste, et quelques papetiers. Avec pour objectif de lutter contre un «paper bashing» systémique nourri de contre-vérités (responsable de la déforestation) au profit d’une vision «dématérialisée» du numérique.
10 ans après hélas, malgré la sacralisation du bois, considéré à raison comme le produit naturel par excellence notamment pour la construction, ses déchets (partie supérieure du tronc, copeaux, résidus, sciure, …) matières premières du papier sont curieusement toujours accusés de « gaspillage » par ignorance ou habitude, alors que la filière est l’une des plus performantes en termes d’économie circulaire.  

Comment fonctionne l'association en termes de gouvernance?

Guillaume Le Jeune : L’association réunit l’ensemble de la filière, répartis en huit collèges ; depuis des papetiers jusqu’au tri et recyclage en passant par les imprimeurs, les éditeurs, les transformateurs, les produits bureautiques, et les prescripteurs. Chaque collège est représenté dans le Conseil d’administration qui élit un bureau et un président. La solidarité et l’interconnexion économique  entre les différents types imprimés sont une réalité comme le démontre l’étude EY pour Culture Papier sur l’empreinte socio-écosystème de l’écosystème du papier graphique. Cette étude souligne également qu’ interdire l’IP soit 40% de l’activité des imprimeurs de labeur (source IDEP Regards 2020) aurait pour conséquence d’euthanasier l’impression de la presse magazine en France, déjà très fragilisée. Laissons cette filière continuer à s’adapter aux nouveaux comportements, sans la plomber artificiellement et pour de mauvaises raisons!

Qui sont les adhérents de Culture Papier et comment peut-on y adhérer?

Guillaume Le Jeune : L’association compte une cinquantaine de membres ( fédérations professionnelles et entreprises), acteurs de l’ensemble de l’écosystème graphique, répartis en collèges. Adhérer à Culture Papier, c’est soutenir une effort collectif tous métiers confondus, de sensibilisation sur les valeurs du papier et de l’imprimé.

Certains vous accusent d'être des lobbystes au service de MEDIAPOST, filiale de la poste et des papetiers ?

Guillaume Le Jeune :  Promouvoir les valeurs du papier et de l’imprimé est un travail de longue haleine, longtemps inaudible face à l’idéalisation de la dématérialisation. Le mécénat de MEDIAPOST a été indispensable pour développer nos outils (magazine, site web, petits-déjeuners et colloque). Il ne doit pas être confondu pour la défense d’un intérêt particulier. La Poste le fait très bien seul. Le paper bashing systématique infecte toute la filière ! Ce triste acharnement contre l’imprimé publicitaire depuis deux ans ne cesse de se renouveler, et nous empêche de développer d’autres actions. Le vote de la Loi AGEC en février a renforcé le stop pub avec des amendes en cas de non respect du Stop Pub, ce même Stop Pub qui permet à tout consommateur de refuser toute publicité dans sa boite aux lettres. C’est simple et respecté, et surtout efficace pour ceux qui veulent réduire l’IP. Pourquoi alors quelques semaines après son application en janvier 2021, le projet ‘Climat & Résilience’ refait le match…. !? Si Culture Papier s’engage, c’est d’abord pour lutter contre les contre vérités et rappeler le poids économique de la filière et celle-ci ne s’arrête pas à l’imprimé publicitaire même si celui-ci est indispensable au bon fonctionnement de la filière notamment comme matière première pour la production de papier recyclé pour la Presse.
Nous voyons aussi que les débats actuels sur l’impact des réseaux sociaux, les plateformes numériques, la 5G montrent que le sens du «progrès» mérite d’être débattu, arbitré. Nous sommes loin d’un simple combat catégoriel.

Jusqu'en mars 2020, vous organisiez des colloques et des petits-déjeuners thématiques très intéressants et très suivis. Si les conditions sanitaires le permettent, poursuivrez-vous cette expérience et sous quelle forme?
Guillaume Le Jeune : Avec la COVID, l’association a dû s’adapter pour poursuivre sa mission de sensibilisation. Deux webinars ont été organisés . S’il est vrai que l’outil est pratique, et efficace pour partager avec plus d’une centaine de personnes, cependant rien ne vaut le présentiel, nous espérons pouvoir reprendre rapidement à tous pour promouvoir la modernité de l’imprimé, et son indispensable complémentarité avec le numérique. Culture Papier est en ligne avec d’autres associations, comme GreenIT créée elle aussi en 2010 ou The Shift Project.  Leur «alerte sociétale» n’est prise en compte que récemment par les pouvoirs publics comme en en témoigne le projet de loi voté par le Sénat visant à «réduire l’impact écologique du secteur numérique en France». Curieusement, et nous le regrettons, cette dimension n’est pas intégrée dans la Loi Climat & Résilience alors les enjeux sont pourtant liés.

Constatez-vous une évolution sur les enjeux portés par Culture
Papier?

Guillaume Le Jeune : Nous constatons que ‘la roue’ est en train de tourner, notamment au regard des débats parlementaires à l’occasion de la Loi Climat & Résilience. Outre l’excès de connexion et ses ravages cognitifs et environnementaux, les élus ont intégré nos dimensions économiques (le poids de la filière) mais aussi les risques socioéconomiques de la dématérialisation du commerce. Faisant un seul et encore même grand gagnant, les GAFA dont la contribution à la fois en terme d’emplois et d’impôts est faible pour notre pays. Plutôt que d’interdire ou de stigmatiser l’imprimé comme média d’informations, laissons les Français choisir! L’important est de respecter le choix et la liberté du consommateur. Si le tissu industriel  est détruit, l’impression se fera ailleurs.

Quel est l'avenir de votre magazine et de votre e-newsletter?

Guillaume Le Jeune : Notre magazine évolue pour tenir compte de nos ressources et des attentes ; la difficulté de trouver des annonceurs pour couvrir l’investissement, comme l’ensemble de la presse écrite confronté aux mêmes défis de siphonage de sa publicité par le numérique. Nous positionnons notre magazine papier désormais comme une revue sur une thématique pérenne ; le numéro de janvier a ainsi recueilli plus de 40 témoignages sur l’imprimé dans 10 ans, les enseignements sont passionnants. Le prochain porte sur «Le papier fait de la résistance»!  Entre temps, nous nourrissons notre blog et une newsletter pour illustrer et diffuser les valeurs de l’imprimé. N’y voyez pas de contradiction ! il s’agit de favoriser la complémentarité papier/digital avec la meilleure efficacité : le papier pour l’attention longue et davantage pour les articles de fond, le digital pour le flux d’informations.

Parlons de papier, le support que vous connaissez si bien et pour cause ! Certains le traitent de support passéiste?

Guillaume Le Jeune : Que veut dire ce dénigrement de passéiste? Est-ce passéiste de prendre du recul sur un monde qui réduirait notre existence à la performance prédictive des algorithmes, est-ce passéiste d’alerter sur le risque de l’instantanéité de l’image et de l’accélération des fake-news ! Est-ce passéiste d’intégrer avec efficacité une vraie responsabilité, de l’extraction à la consommation d’eau et d’énergie!
Il est urgent de réfléchir et d’optimiser le meilleur des médias (papier/digital), tant au niveau environnemental à partir d’études fiables type ACV, qu’en termes de société que nous voulons construire.
Culture Papier refuse seulement que cette « transition » se fasse « sur le dos » du papier au nom de l’environnement. Si notre engagement n’a pas toujours été bien entendu, principalement à cause de nos moyens limités, contrairement à ceux des acteurs du numérique qui martèlent que rien ne doit ralentir la digitalisation de notre société. Oubliant au passage les «illectroniques» laissés pour compte! Au-delà de cela et c’est sans doute le point le plus important, le papier est un élément essentiel à l’apprentissage de l’écriture, de la lecture et surtout il favorise les capacités d’attention et de concentration. Il défend également les principes de proximité, de fiabilité et de responsabilité des écrits mais aussi de transmission.

Et le développent durable, quels progrès ont-été réalisés par les fabricants de papier?
Guillaume Le Jeune :  La filière du papier-graphique poursuit depuis des décennies sa «révolution verte», en témoignent la dizaine de directives européennes qui l’encadrent et certaines normes sont renforcées en France. Sans oublier des labels PEFC, FSC, Imprim’vert, PrintEhtic,… reconnus par les donneurs d’ordre et les consommateurs. La filière reste l’aiguillon d’une économie circulaire décarbonée. Le papier (à la différence du plastique et d'un écran, par exemple) est une ressource biosourcée, totalement renouvelable et recyclable de cinq à sept fois. La critique de la déforestation n'est plus fondée depuis longtemps. La surface des forêts  continue à croitre de façon significative en France et en Europe et rien n’est perdu dans un arbre qui est de toute manière replanté.

Quels sont vos projets à moyen terme?

Guillaume Le Jeune : Dans la perspective, de continuer à promouvoir la modernité du papier et de l’imprimé, notre prochaine ambition est de fédérer les énergies autour d' «Etats généraux de l’Imprimé»  pour la préservation de toute la filière graphique, avec la présence indispensable des autorités gouvernementales et plus particulièrement certains ministères (Economie, Education, Culture et Environnement) mais aussi en appuyant ou en s’associant à toutes les initiatives pour la lecture, les valeurs démocratiques et cognitives  l’imprimé comme par exemple le formidable projet de Biblionef, Des 1000 livres pour les Cités éducatives aux 1.000 Sites éducatifs, étape pour une «2022, année de la lecture» porté par Dominique Pace et son équipe. Le papier et l’imprimé ont beaucoup d’atouts et de qualités. C’est aussi notre responsabilité et devoir en tant que professionnels de la chaîne de les promouvoir.

 

 

A propos de Guillaume Le Jeune

Près de 30 ans de vie professionnelle au sein du secteur papetier. Tout d’abord chez le distributeur Arjomari-Diffusion (groupe Arjo-Wiggins). Il a ensuite successivement travaillé chez les producteurs de papier nordiques UPM puis chez Stora Enso dont il a été responsable de la division Paper pour la France de 2014 à 2020. Depuis avril 2021, il est Directeur commercial du groupe Maury Imprimeur.

 

À propos de Culture Papier. Déja 10 ans
Culture Papier, association créée le 6 janvier 2010, a pour vocation de sensibiliser les pouvoirs publics, les décideurs économiques et l’opinion sur le rôle culturel, économique et social du papier et de l’imprimé, d’en promouvoir l’usage responsable et recyclable, ainsi que la complémentarité nécessaire avec le digital.
www.culturepapier.org

https://culturepapier.org