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6 questions à Gregg Hurwitz, à l’occasion de la parution en France d’ORPHELIN X

6 questions à Gregg Hurwitz, à l’occasion de la parution en France d’ORPHELIN X

presseedition.fr 28/04/2022
ooapin_11OK.jpgD’où est venue l’idée de ce «programme orphelin» qui est au cœur de l’intrigue?
Gregg Hurwitz : Il m'a fallu écrire beaucoup de livres pour trouver mon chemin vers le personnage d'Evan Smoak. Au cours de ma carrière, j'ai fait de nombreuses recherches sur les Navy Seals, les Bérets verts, les Rangers et sur les gens qui gravitent dans la sphère des renseignements. Beaucoup d'entre eux m'ont parlé des programmes occultes et des groupes d'élite experts en «opérations spéciales». Ensuite, lorsque je me suis lancé dans la préparation de cette série, j'ai pensé : quelle serait la version la plus cool et la plus riche, d'un point de vue romanesque, d'un de ces programmes ultra-secrets? Et j'ai pensé à sortir des enfants de ces foyers d'accueil où personne ne se soucie d'eux et à les élever totalement hors des conventions pour qu'ils deviennent des assassins, avec, comme contrepartie, l'inconvénient d'en faire des êtres totalement isolés. J'ai donc réfléchi à ce que ce genre de traitement ferait à un enfant et à quels enfants seraient les mieux "adaptés" à un tel projet. Et bien sûr au prix à payer pour eux. Evan a été enlevé d'un foyer d'accueil à l'âge de douze ans et a été entraîné à tuer. Au moment où nous le rencontrons, il a déjà quitté le Programme Orphelin et opère comme assassin «à son compte» pour des personnes qui ont désespérément besoin d'aide. Au départ, Evan n'avait pas d'atout particulier, c'était un enfant dont personne ne voulait. Jusqu'à ce qu'il rencontre son maître, une figure paternelle, Jack Johns, qui lui dit : «Le plus dur n'est pas de faire de toi un tueur. Le plus dur, c'est de faire en sorte que tu restes un humain.» C'est cette tension qui est au cœur du personnage. Sa vie serait plus facile s'il avait une foi aveugle dans le système, s'il voyait le monde en noir et blanc. Mais, au lieu de cela, il doit agir en naviguant dans un gris trouble.

 

Est-ce que l’on peut dire que Evan Smoak autrement dit «Orphelin X», est un héros du XXIe siècle?
Gregg Hurwitz : On dit qu'il faut un loup pour tenir les loups à distance. C'est plus vrai que jamais. Mais les héros d'aujourd'hui doivent être davantage que du muscle sur du muscle. Je crois que nous vivons à une époque qui exige que des guerriers intelligents et intègres défendent ce qui est juste. La ténacité est une vertu-clé pour cela. Je vois Evan comme une sorte de travailleur, quelqu'un qui «met les mains dans le cambouis» pour faire advenir une certaine Renaissance.

Face à la violence, il y a la figure féminine de MIA. Que pouvez-vous nous dire de ce personnage?
Gregg Hurwitz : Mia représente la beauté et le désordre de l'intime. Alors que le penthouse d'Evan est moderne, froid et austère, l'appartement de Mia est plein de vie — des coussins, des bougies, de la vaisselle qui traîne, des crayons piétinés sur le tapis par son fils Peter. Elle représente les complications humaines dans toute leur splendeur mais aussi dans les frustrations qu'elles engendrent. Evan ne parle pas cet étrange langage de l'intime, mais Mia — dans sa façon d'être mère, dans ses relations, son travail — est quelqu'un en qui il peut avoir suffisamment confiance pour se surprendre à observer cette vie-là avec empathie et apprendre d'elle.

La construction d’«ORPHELIN X », avec ses flash-back qui augmentent le suspens, donne l’impression d’un script de film. Diriez-vous cela?
Gregg Hurwitz : Un scénario de film fonctionne tout à fait différemment d'un roman. Et donc — même si j'espère que mon écriture est très visuelle, car c'est un élément-clé de mon style —, un livre fonctionne avant tout parce qu'il est imaginé comme un livre, pas comme un film. Lorsque je mets ma casquette de scénariste pour le cinéma ou la télévision, je dois apporter de nombreuses modifications au roman de départ (quel que soit ce roman) pour faire en sorte de l'adapter à l'écran.

Malgré des passages très noirs, angoissants, violents, quand on referme le livre on est plein d’espoir et d’énergie. Cela reflète-t-il votre façon d’être?
Gregg Hurwitz : Oui. Jung a dit que tout arbre qui atteint le ciel a des racines qui descendent en enfer. Vous ne pouvez pas avoir l'un sans l'autre. Il n'y a pas de lumière sans ténèbres.

Dans «ORPHELIN X» la littérature, la musique, le cinéma accompagnent l’action. Est-ce cela révèle vos propres goûts?
C'est vrai. Evan est quelqu'un qui a appris énormément de choses par lui-même, en voyageant pour ses missions. Il en sait beaucoup sur de nombreuses cultures, sur les langues et les coutumes des pays où il a exercé ses talents très particuliers. Cela lui était indispensable pour ne pas se faire tuer. C'est donc très amusant pour moi d'écrire sur quelqu'un ayant des connaissances presque universelles, mais toujours très concrètes et liées à une applicabilité immédiate dans le monde réel. De cette façon, c'est un personnage qui comble le fossé entre la culture élitiste et la culture populaire - ce qui correspond aussi, en effet, à une préoccupation personnelle.