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Libre propos : Une simple question sur l'achat responsable met en évidence la confusion autour des systèmes de certification par Liz Wilks, European Sustainability Manager pour Asia Pulp and Paper

Libre propos : Une simple question sur l'achat responsable met en évidence la confusion autour des systèmes de certification par Liz Wilks, European Sustainability Manager pour Asia Pulp and Paper

Presse Edition 22/06/2011

Lors de l’achat de nouveaux meubles en bois, d’un paquet de café ou simplement d’une ramette de papier pour photocopieuse, on se trouve souvent face à des logos colorés, à l’image d’un bel arbre vert ou d’une grenouille bondissante par exemple. Ces logos correspondent à des certifications, ils sont censés refléter le statut environnemental du produit en rayon.

Mais seule une minorité de personnes connaissent leur signification exacte, et elles peuvent être source de confusion. Pour moi, qui ai étudié la gestion forestière presque toute ma vie, elles soulèvent la question suivante, que je ne manque jamais de poser aux experts forestiers pour constater la grande diversité de leurs réponses.

Voici la question :
Forets Stewardship Council (FSC, conseil de bonne gestion de la forêt), Programme for the Endorsement of Forest Certification (PEFC, programme de reconnaissance des certifications forestières), Ecolabelling Institute of Indonesia (LEI : Lembaga Ekolabel Indonesia, institut d'éco-étiquetage indonésien) et Sustainable Green Ecosystem Council (SGEC, conseil pour la préservation des écosystèmes verts) : quel est le point commun entre tous ces systèmes de certification ?

A) Ils offrent une garantie totale de la légalité du bois et des pratiques de gestion durable des forêts dont est issu le bois utilisé pour les produits que nous utilisons quotidiennement.

B) Ils définissent clairement et strictement ce qu'est une « forêt à haute valeur de conservation » et les moyens par lesquels ces forêts devraient être protégées.

C) Ils interviennent de manière globale sur les structures sociales, économiques et environnementales lorsque celles-ci doivent changer pour soutenir le développement durable.

D) Ils protègent efficacement la planète contre la déforestation.

E) Ils protègent activement les espèces menacées et la biodiversité.

F) Ils appliquent les mêmes normes aux détenteurs de concessions forestières qu’aux entreprises impliquées en aval de l'exploitation, de manière juste et cohérente et dans le monde entier.

G) Ils agissent toujours dans l'intérêt du consommateur.

H) Ils s’appuient sur d'excellentes aptitudes marketing et sur une réserve d'argent colossale pour accroitre leur notoriété partout dans le monde.

I) Toutes les réponses ci-dessus.

J) Aucune des réponses ci-dessus.

J'adorerais pouvoir dire que la réponse est « I : Toutes les réponses ci-dessus ». Notre secteur gagnerait en clarté si c'était le cas. S’il existait effectivement une certification unique qui offrait toutes les garanties de cette liste, les responsables des achats et les consommateurs seraient bien mieux informés.

Mais la bonne réponse est « J : Aucune des réponses ci-dessus ». En réalité, s’il fallait répondre par « Vrai » ou « Faux » pour chacune de ces affirmations, la bonne réponse serait probablement « Faux », invariablement, quelle que soit la certification.

Je ne dis pas que les systèmes de certification ne sont pas des principes directeurs précieux dans la validation des pratiques responsables et durables des chaines d'approvisionnement de l'industrie du papier. Ils le sont très certainement. J'ai étudié chacun de ces systèmes et je sais qu'ils sont vraiment basés sur l'idée de gestion durable des forêts et les principes d'achat responsable.

Mais il ne s’agit que d’indicateurs, alors qu’avec « Vrai ou Faux » nous sommes dans l'absolu. Prenons le premier point par exemple. On remarque qu’aucune de ces certifications n’offre une garantie totale et absolue de la légalité du bois et des pratiques de gestion durable de la forêt dont il est issu, même si chacune offre une garantie raisonnable, voire même très raisonnable. Si vous optez pour un papier affichant l’un de ces labels, vous pouvez dormir serein en sachant que l'entreprise remplit, au minimum, les normes de base pour s’assurer qu'aucun bois illégal n'a, à aucun moment, été utilisé lors de la production.

Le point B est un autre bon exemple. Chaque organisme de certification estime que l'expression « forêt à haute valeur de conservation » est « clairement et strictement » définie dans ses propres critères. Alors pourquoi ces certifications sont-elles toutes quelque peu différentes ? Je pourrais citer aisément cinq experts en sylviculture, jouissants d’une légitimité unanimement reconnue, qui pourraient débattre des heures de la définition de « forêt à haute valeur de conservation ». Chacun à sa façon aurait raison, tout comme chacune de ces certifications a, à sa façon, raison. Ici encore, si vous choisissez un produit dont le papier possède le logo d’un de ces organismes, vous pouvez être certain d’aider à la préservation des forêts naturelles dans le monde.

Les systèmes ont tendance à échouer dans la mise en place des « moyens par lesquels les FHVC devraient être protégées ». « Ne pas déboiser les forêts » ne signifie pas « préserver les forêts ». Préserver les forêts implique une action concrète et proactive qui requiert un certain investissement de la part des entreprises de sylviculture afin de s’assurer que de larges zones sont protégées sur le long terme. Surveiller les zones pour éviter les empiètements et les bûcheronnages illégaux, bien que cela nécessite en soi une main-d’œuvre ainsi qu’un investissement massifs, n’est pas suffisant. La préservation demande aussi de la part des entreprises un investissement dans l’éducation, l’emploi et le développement économique des communautés résidant autour des forêts protégées. Ce type de préservation à long terme n’est le maître mot d’aucune de ces certifications.

Les points C, D et E sont « Faux » également ! La gestion durable des forêts et la protection des forêts à haute valeur de conservation ne se résument pas qu’à planter, couper et protéger les arbres. Elles supposent aussi la protection de l’habitat des espèces menacées et de la biodiversité essentielle à nos forêts naturelles. Les entreprises du secteur reconnaissent qu’un programme de conservation n’incluant pas une bonne gestion des forêts et des aspects sociaux et économiques n’est pas viable. Il est très difficile pour les agences de certification de réguler efficacement et de valider les investissements apportés aux initiatives communautaires qui sont essentiels à la protection à long terme des forêts.

Le point F est l’un des plus controversés. Seulement deux des organismes de certification sont de vrais programmes internationaux, s’agissant de l’application équitable des standards dans le monde entier, nous ne nous intéresserons donc qu’aux FSC et PEFC. Et le bilan est pour le moins discutable si on se base sur le large pourcentage, très disproportionné, de forêts certifiées situées en Amérique du Nord et en Europe en comparaison à la proportion de forêts localisées dans les marchés émergents. Le PEFC laisse lui au moins sa porte ouverte et est plus activement impliqué auprès des entreprises des marchés émergents qui cherchent à obtenir la certification.

Le FSC au contraire s’appuie sur le controversé Principe 10.9, mieux connu comme la Règle 1994. La Règle 1994 est celle qui interdit la certification de toute forêt dont la plantation a été effectuée après 1994. 1994 ? Cette date semble quelque peu arbitraire, à part le fait qu'elle soit l'année de création du FSC (et, par coïncidence, l'année où la plupart des plantations de grande ampleur ont commencé à se développer dans les économies émergentes). Cela signifie-t-il donc qu'aucune plantation forestière au monde ne pourrait être gérée de manière durable et responsable si elle a été créée après la formation du FSC ? Dans cette logique, toutes les plantations forestières établies suite à des dégagements forestiers qui auraient eu lieu avant l'apparition du FSC devraient-elles être considérées comme acceptables ?

Cette règle élimine du marché l'Indonésie, ainsi que de nombreux autres pays dont le développement de l'industrie de la pâte et du papier a moins de 20 ans. Et, sans surprise, cela protège par la même occasion les intérêts des marchés plus anciens et plus matures (oui, ceux d'Amérique du Nord et d'Europe) qui auraient, selon beaucoup de monde, perdu de leur compétitivité.

Il n’est donc pas nécessaire de développer plus pour montrer que la seule réponse qui convient pour le point F est « Faux », mais le plus important est l'influence qu'il a sur le point G et sur la question de savoir si ces certifications servent effectivement l'intérêt du consommateur. La majorité de ces marchés émergents de pâte et de papier sont situés dans les climats tropicaux, où les taux de croissance sont bien plus importants, les cycles de rotation plus courts et les rendements plus élevés. Les entreprises de ces marchés ont aussi tendance à avoir des usines plus récentes avec des technologies plus avancées et efficaces. De ce fait, leurs produits sont de meilleure qualité, à des prix plus compétitifs, ce qui est profitable pour les consommateurs mais pas pour les marchés plus anciens. D’où la Règle 1994.

C'est là que le marketing entre en jeu. Les systèmes de certification nationaux n'ont pratiquement pas de budget marketing. Le PEFC a parfaitement réussi à établir la crédibilité de ses marques avec le budget marketing dont il disposait. On reconnaîtra par contre que le FSC s'est imposé comme un « poids lourd » en ce qui concerne le marketing. Les millions de dollars dépensés chaque année pour convaincre les consommateurs et responsables des achats que le FSC est le seul organisme de certification que l'on peut considérer comme « irréprochable » est effarant. On se demande d'où vient cet argent. Un des soutiens du FSC est connu pour consacrer 60 pourcent de son budget à la publicité.

Le plus gros effet de ce marketing est probablement de créer la confusion sur le marché, une confusion qui oblige le consommateur à faire un « bon » choix évident. Oui, cela représente un coût qui réduit clairement les profits. Mais le risque est faible.

Cette confusion sur le marché offre un terrain favorable pour des coûts plus élevés et ferme la porte à une compétition équitable. Les consommateurs peuvent accepter des prix plus élevés si cela permet de faciliter le choix. Les emplois de millions de travailleurs indonésiens ou d'autres pays à travers le monde, qui comptent sur les emplois forestiers pour nourrir et prendre soin de leurs familles, peuvent être menacés. Les enfants des pays émergents pourraient se voir priver de projets éducatifs communautaires que les entreprises sylvicoles privées subventionnent chaque année. Les investissements privés dans les zones de conservation activement gérées pourraient disparaitre, mettant en danger les espèces menacées qui ont besoin d'être protégées des bûcheronnages et empiètements illégaux. Et enfin, cela peut surprendre, mais même les forêts naturelles pourraient en pâtir.

Alors quelle est la bonne réponse à notre question ? Comment garantir de pouvoir cocher « toutes les réponses ci-dessus » lors du processus d'achat ? Cela commence par le refus des monopoles et l'adoption d’une vision largement consensuelle autour des organismes de certification. Il existe tellement de certifications différentes dont l'objectif premier est identique : protéger les forêts et garantir une chaîne d'approvisionnement intègre. Il ne faut pas oublier que ces certifications ne sont que des indicateurs, tout à fait relatifs. L'achat responsable implique plus que la certification. Il doit prendre en compte l'intégralité des pratiques durables mises en place par l'entreprise, en particulier l'importance de son engagement en faveur du développement environnemental, social et économique, ainsi que l'intérêt du consommateur. On peut alors parler d’achat responsable.

L'achat responsable permet d’avoir la conscience tranquille. En revanche, l'achat basé sur des slogans marketing ne le devrait pas.