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Médias, le grand errement, son auteur, Nicolas Vidal à la question

Médias, le grand errement, son auteur, Nicolas Vidal à la question

presseedition.fr 16/06/2021
Votre essai, Médias le grand errement est paru en avril dernier, chez Hugo Doc. En préambule à votre ouvrage, vous rappelez que 76% des français ne font plus confiance aux médias et que les gilets jaunes les appellent les merdias?
Nicolas Vidal : Ce qui m’a frappé dès le début des Gilets jaunes, c’est l’emploi systématique de l’appellation fleurie de « merdias ». C’est un basculement absolument fondamental qui cristallise d’une part la perte de confiance dans les médias mais, plus gravement, l’idée que les grands médias seraient passés dans le camp d’en face, dans le camp des vainqueurs, en somme du côté du pouvoir. Cela représente une négation totale de leur légitimité à informer. C’est dans ce sens que j’ai écrit ce livre pour engager une réflexion, tenter d’analyser et de décrypter et enfin proposer des solutions. J’ai pris soin d’ajouter des exemples qui me semblaient importants à mettre en exergue. Parce que ce grand errement est en réalité engagé depuis près de 30 ans et il s’est accéléré ces dernières années de façon dramatique.

Vous évoquez de la monopolisation des médias par une poignée de milliardaires. A mon sens cela n'est pas nouveau?
Nicolas Vidal : Vous avez raison. Ce phénomène n’est pas nouveau mais on observe une tendance à l’accélération notamment à un an de la présidentielle.  Les grands magnats tentent des OPA sur des groupes de presse concurrents afin d’agréger et constituer des pôles d’influence. Une autre stratégie consiste notamment  la presse magazine et web qui a racheté, dégraissé les rédactions pour tendre vers des contenus sponsorisés et très mainstream afin de vendre massivement de la publicité.
Mais aujourd’hui, malgré la concentration de plus en dense des grands médias, ce qui me paraît le plus inquiétant, c’est la façon dont le traitement médiatique répond plus à une idéologie mondialiste qu’à la volonté de proposer un journalisme éthique, basé sur les faits, qui ne pêche pas par omission pour correspondre à une certaine façon de penser. Pour ma part, il n’y a plus de traitement équilibrée des voix notamment dans les débats.

Quel devrait être le rôle de la presse dans le débat démocratique?
Nicolas Vidal : Il faut toujours rappeler que l’information est un bien public. Et les médias sont là pour produire et relayer cette information qui comprend bien des strates et des niveaux divers. Elle est également là pour accompagner des voix à s’exprimer, proposer des points de vue très différents et des analyses variées sur les grands sujets de société.
Son rôle est donc de proposer des débats et d’en assurer l’équilibre des échanges. Aujourd’hui, nous assistons à une uniformisation dangereuse sur le traitement de l’information de thèmes cruciaux pour ce pays : mondialisation, globalisation, libre-échangisme, gestion de la crise sanitaire, union européenne, manifestations sociales et populaires notamment sur la question de la réforme de l’assurance chômage et de la réforme des retraites avant le covid19.
Ce livre a été écrit pour tirer la sonnette d’alarme. Ainsi, de leur rôle fondamental pour faire vivre la démocratie et le débat, les directions de grands médias et certains éditorialistes célèbres ont pour la plupart abondé dans le sens de nos élites, dont ils font eux-mêmes partie notamment grâce à leurs hauts revenus, sur l’ensemble des sujets politiques et économiques. En réalité, ils poursuivent les mêmes intérêts afin de maintenir à flot cette société dont ils bénéficient et qui leur rapporte.
Mais c’était sans compter sur le retour du peuple qu’ils avaient évacué de l’équation. Je reproche donc aux grands médias et à certains éditorialistes de premier plan d’avoir promu dans le paysage médiatique une bien-pensance qui a laissé place petit à petit à une police de la pensée. C’est ainsi qu’ils ont écorné l’âme de la France et des Français, créant une fracture si profonde qu’elle n’annonce rien de bon.
Alors même que les paroles politiques et publiques sont délégitimées, le grand errement des médias a porté un coup meurtrier à la démocratie dans ce pays. Et empiler les services de Fact-Checking pour traquer les fakes news depuis Paris et s’en gargariser est au mieux une grossière erreur d’analyse, au pire une obsession à traquer tous les avis divergents. Car il m’apparaît aujourd’hui qu’on ne cherche plus à rétablir la valeur factuelle d’une information mais bien à démolir tout ce qui n’apparait pas sur la carte routière de la pensée autorisée où les contrôles sont de plus en plus intensifs et invasifs.

Les chaînes d'information en continu ne trouvent pas grâce à vos

yeux?
Nicolas Vidal : On me rétorque souvent que le débat en France est partout et tout le temps dans de nombreux médias et notamment sur les chaînes d’information.
Sur la forme assurément, mais sur le fonds, les intervenants épousent majoritairement les mêmes idées. Et de plus en plus rarement, des gens à contre-courant sont invités et nous assistons inévitablement au syndrome du seul contre tous, avec une passion certaine et constante pour la délégitimation de la parole opposée. En réalité, on n’interdit pas la parole mais on refuse le débat en discréditant le bon sens populaire sur l’ensemble des sujets importants.  C’est à mon sens, l’arme intellectuelle de ceux qui n’ont plus rien à penser, si ce n’est en s’arc-boutant sur une idéologie qui a dépassé leur propre intelligence. Ce qui donne souvent de la part de certains interviewers de ces chaînes de poser des questions très offensives, souvent avec une certaine agressivité, enrobée, il faut le dire, d’une certaine condescendance pour les invités qui ne rentrent pas dans l’idéologie dominante. Alors que les personnalités plus mainstream, considérées comme les voix de la pensée unique ont droit à des questions plus bienveillantes, et à une expression plus libre, sans interruption intempestive.

Emmanuel Macron, selon vous a été le candidat des médias qui l'ont soutenu lors de la dernière campagne présidentielle?
Nicolas Vidal : Les grands médias par l’intermédiaire de certains de leurs célèbre éditorialistes et journalistes avaient déjà choisi, par idéologie le camp des vainqueurs de la mondialisation parce qu’ils ont les moyens financiers, le carnet d’adresses, le réseau, les connexions.
Ces grands médias ont participé à ce néolibéralisme autoritaire qu’Emmanuel Macron incarne parfaitement. Et les Gilets jaunes en sont l’absolue et légitime antithèse. Il n’y a qu’à voir comment les Gilets jaunes ont été traités sur de nombreux plateaux TV & radio avec beaucoup de condescendance, d’attaques et de mépris, seul contre tous.
Cependant, Emmanuel Macron a été le candidat des médias en 2017 assurément mais il n’y a pas, selon moi, une personnification du candidat Macron. Il correspondait dans l’offre politique à un programme que partageaient les grands médias pour la France. Idéologiquement, le candidat Macron répondait point par point à l’idéologie de la mondialisation et à une aversion pour la nation qu’il a remplacé par la « start-up nation ». Ainsi, il est donc devenu le candidat idéal pour le bloc élitaire dont font partie ces mêmes grands médias et certains de leurs éditorialistes. On a assisté à une sécession d’ordre économique et même civilisationnelle entre ces grands médias et une large majorité de Français. Il n’y a qu’à reprendre les suffrages totaux accordés à Emmanuel Macron sur l’ensemble des électeurs. Il est loin très loin d’une majorité de suffrages et encore moins aujourd’hui. S’il devait « dévisser » dans les sondages au cours des prochaines semaines,  je suis prêt à parier que les grands médias dont nous parlons opteraient rapidement pour une autre personnalité politique qui pourrait prendre la relève. Edouard Philippe pourrait être l’un d’eux.


Alors, médias et journalistes, tous dans le même sac?
Nicolas Vidal : Non, pas du tout. Il faut clairement définir les grands médias nationaux et une majorité d’éditorialistes qui ont pris fait et cause pour l’orthodoxie économique et sociale qu’imposent les élites aux Français sans leur consentement. Il n’y a qu’à voir quand s’est tenu le dernier référendum pour que les Français s’expriment. Je mets en dehors de ce livre une grande partie de la presse quotidienne régionale et les médias locaux ou antennes locales du service public. Il faut aussi distinguer les journalistes qui n’ont pas les faveurs de la célébrité et des salaires en conséquence qui travaillent dans l’ombre mais qui sont empêchés par une omerta idéologique. Et par urgence économique, ils ne se hasardent pas à sortir du rang. Sans compter les journalistes reporters d’images ou les pigistes, qui ne sont ni plus ni moins que les travailleurs précaires de la presse française. Il ne serait ni juste, ni sérieux de mettre donc tous les journalistes dans le même sac.

Les chaînes de télévision financées par des Etats étrangers, telles que RT France ou  la CGTN ont-elles plus de crédit?
Nicolas vidal : Cette question des médias étrangers qui traitent aussi d’actualité française est passionnante et nous amène à un constat implacable : si les médias français publics ou privés avaient fait sérieusement leur boulot en protégeant le pluralisme des voix et n’excluant pas le débat et les voix divergentes, ces chaînes de télévision financées par des Etats étrangers n’auraient jamais pu se faire une place dans le paysage médiatique français. C’est aussi simple que cela. Et les accusations faites contre ces médias sont des contre-feux pour tenter de dissimuler l’incroyable dérive anti-démocratique de celles et ceux qui les profèrent. Ainsi, ils économisent un aggiornamento et poursuivent leur entreprise destructrice en méprisant et en stigmatisant toujours plus une grande partie des Français.

Et le covid dans tout cela?

Nicolas Vidal : Le traitement médiatique de la crise sanitaire ressemble malheureusement au processus appliqué à tous les moments importants de notre pays depuis trente ans : Maastricht, Lisbonne, Gilets jaunes, réformes des retraites…
Dans cette crise sanitaire, les grands médias ont installé un schéma horriblement manichéen avec les “sachants” éclairés d’un côté et les affreux complotistes de l’autre où seule la pensée autorisée doit s’imposer à tous dans ce pays. Et une nouvelle fois, on a criminalisé et condamné au tribunal médiatique les voix discordantes qu’elles soient médicales (Raoult, Toubiana, Perronne, Henrion-Caude, Delépine…), politiques ou publiques.
Je suis effaré que ces professeurs et ces médecins qui étaient avant le Covid-19 des références et des « pontes » pour certains dans leur domaine, soient devenus en quelques semaines d’affreux complotistes, dangereux pour la nation. En réalité, il y a quelque chose de stalinien dans l’exécution médiatique de ces individus. On condamne systématiquement toutes les analyses différentes sur cette crise sous de fumeuses raisons d’intérêts supérieurs. En somme, en condamnant, on jette l’opprobre et on s’exonère du débat qu’on essaie par tous les moyens de supprimer. Dans cette affaire, le temps sera juge de paix.
Du côté de la démocratie, l’état d’urgence sanitaire n’a ému que peu d’éditorialistes de grandes chaînes privées et publiques comme le fait qu’Emmanuel Macron décide de tout, tout seul depuis le PC Jupiter, humiliant au passage l’ensemble des parlementaires, et verrouille la France avec des lois liberticides qui font reculer nos libertés fondamentales ou nos acquis sociaux. Certaines comme la loi de sécurité globale n’avait rien à voir avec le Covid-19. Et la réforme de l’assurance chômage annonce des drames humains à grand échelle, à la sortie de la crise sanitaire. Car Emmanuel Macron a l’obligation supranationale d’imposer ces réformes avant la présidentielle mais la crise sanitaire l’a en empêché. Alors il accélère.

Les gilets jaunes sont omniprésents dans votre livre?
Nicolas Vidal : Oui, car il marque un point de bascule de notre histoire contemporaine. Le traitement médiatique à charge des Gilets Jaunes a fait apparaître au grand jour la sécession d’une élite médiatique qui partage en tous point les vues, les objectifs et les intérêts d’une classe politique qui a excommunié la nation et le peuple de son logiciel pour se jeter dans les bras de la mondialisation à marche forcée. En réalité, on y a vu un mépris profond du peuple qui ne se cachait plus. En réalité, ce fut le retour d’un affrontement entre les « élites kérosènes » de Michéa contre « la France périphérique » de Christophe Guilluy. Les uns, les Gouvernants, militent pour un effacement sans condition de la nation et de ses citoyens pour passer dans une ère sans-frontiériste, libre-échangiste, une société fluide où les individus sont arrachés à leur identité pour être plongés dans le grand bain tiède du consumérisme. C’était la promesse mensongère de la mondialisation heureuse qui en réalité, a été le massacre des classes moyennes et l’exécution en règle de notre identité.
Et les autres, les Gilets jaunes, les Gouvernés en se soulevant, ont crié au grand jour leur refus d’être concassés par cette politique mondialiste dont ils sont les grands perdants. Ils ont réclamé de toutes leurs forces un retour de la voix du peuple, de la souveraineté et de la nation. Réduire ce mouvement à une fronde contre la taxe diesel est l’appréhender par le petit bout de la lorgnette.

Votre conclusion : vive les médias libres et indépendants. Certes mais comment?
Nicolas Vidal : Là encore, il ne faut pas céder au manichéisme. Ce sont les Français qui ont la solution de l’indépendance et du pluralisme des voix. C’est donc à eux de s’abonner et de soutenir les médias indépendants sur lesquels ils s’informent. Il en va de leur responsabilité et de leur engagement citoyen pour éviter que le monopole des grands médias bénéficie à force d’une disparition des voix discordantes et d’une forme de débat démocratique qui continue d’exister en partie sur le web.

 

Questions subsidiaires : Comment vont les ventes du livre? 

Nicolas vidal : Trop tôt encore pour le savoir.

Existe-t-il ou existera-t-il une version numérique?

Nicolas Vidal : Oui tout à fait. Elle est déjà en vente au format Ebook 6,95€ sur toutes les plateformes de vente en ligne.


A propos de Nicolas Vidal

Après un passage par la Faculté de philosophie et d’histoire, Nicolas Vidal est parti à la découverte des USA où il a vécu la révolution de la culture web notamment dans le monde des médias. Jeune entrepreneur média, il se fait connaître en France dès 2008 en lançant BSC NEWS, le 1er webmagazine culturel en France. Il devient alors, avec très peu de moyens, l’un des pionniers des pure-players culturels en France. Il récidive début 2018, en pleine crise de la presse, en lançant une nouvelle marque média : PUTSCH qui cherche à favoriser le débat tout en stimulant la diversité des points de vue. Il anime aussi la chaîne Youtube Putsch Live qui compte plus de 64.000 abonnés et totalise près de 7 millions de vues. Il est également éditorialiste politique sur RT France."