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Questions à Sandrine Lebreton, Responsable de fabrication chez Groupe Les Échos/Le Parisien

Questions à Sandrine Lebreton, Responsable de fabrication chez Groupe Les Échos/Le Parisien

presseedition.fr 05/05/2021

En 1998, après des études d'arts plastiques vous découvrez, grâce à un ami, les industries graphiques. Qu'est-ce qui vous a séduite dans cet univers au point de devenir en 2001, assistante de fabrication chez un éditeur de magazines?
Sandrine Lebreton : Ça a d’abord été le discours passionné de cet ami. Il a su me transmettre son engouement. Et puis j’ai fait mon premier bon-à-tirer, chez Maury à Malesherbes. Je découvrais qu’on pouvait faire faire de grandes choses très subtiles à d’énormes machines et ça me fascinait. Le côté créatif allié à la technique. Encore aujourd’hui, je leur trouve un côté magique. Et puis il y a l’objet final. Découvrir le résultat de son travail, qui est un travail définitif sans corrections possibles. C’est toujours une petite émotion de recevoir une nouvelle parution.

Comment avez-vous, dans les années 2000, acquis et amélioré vos compétences en matière de fabrication?
Sandrine Lebreton : J’ai commencé par gérer la chromie et les BAT. Mon chef de fabrication alors me témoignait une grande confiance. Pour un débutant, ce n’est pas rien. Il m’a transmis ses méthodes et sa rigueur aussi. Ce sont des bases solides sur lesquelles je m’appuie toujours aujourd’hui. Je passais en moyenne un à deux jours par semaine en machine et dans les ateliers de prépresse, le reste du temps auprès des rédactions. Il n’y a rien de mieux que de se confronter directement aux ateliers. Comprendre leurs problématiques et apprendre à les anticiper. C’est notre rôle de faire le lien entre les différentes phases de la production.

A l'époque, il faut bien l'avouer, le monde de l'imprimerie était un peu mysogine, voire macho. On y rencontrait très peu de femmes. Comment avez-vous été acceptée, en tant que femme, dans ce

milieu?
Sandrine Lebreton : A mes débuts, je n’avais aucun bagage ni formation en arts graphiques. Juste un bon œil, de l’enthousiasme, l’envie d’apprendre et de bien faire. Je m’appuyais énormément sur l’expertise de mes interlocuteurs, souvent de grands professionnels qui étaient heureux de transmettre leur savoir. Ils m’ont permis de prendre confiance. Je crois qu’il faut valoriser le travail de chacun, avancer avec des partenaires, s’appuyer sur les forces. Un chef de fab ne peut pas tout maîtriser, il est une sorte de chef d’orchestre qui doit s’associer aux bons musiciens et faire jouer la meilleure partition. Mais à cette époque, je n’ai pas le souvenir de mauvaises attitudes, au contraire, il y avait beaucoup de bienveillance et de respect. Le problème se pose plus tard, quand on prend des responsabilités. Il faut avoir un peu de caractère et beaucoup d’abnégation parfois.

Vous avez surtout exercé dans le monde des médias.  Pourquoi n'avez-vous jamais été attirée par le monde de la publicité, de

l'édition?
Sandrine Lebreton : Mes différents postes m’ont permis de me confronter à un large spectre de publications. J’ai fabriqué des beaux livres chez Connaissance des Arts, des hors-série plus proches de l’édition que de la Presse, des one-shot d’actualité chaude en quelques heures, des mensuels, des hebdos et je travaille en étroite collaboration avec les quotidiens. J’ai la chance depuis 2007 de travailler dans une Maison dynamique qui regroupe des titres très divers et où l’on m’a fait confiance. J’aime le rythme de la Presse. Il faut une certaine agilité pour s’adapter aux diverses temporalités qu’on a à gérer. C’est une gymnastique qui me plaît beaucoup. Bien sûr on a moins le temps de travailler en finesse comme on pourra le faire en édition, mais l’exigence de qualité, notamment sur les magazines, est importante. Depuis quelques années, avec la transformation numérique, même si elle n’avantage pas le papier, il y a eu de vrais bouleversements qui nous ont demandé d’adapter nos méthodes de travail. Nos titres sont devenus cross média, nous avons dû apprendre à manipuler des outils numériques, à travailler avec de nouveaux interlocuteurs et à prendre en compte leurs enjeux. Nous sommes dans une adaptation constante.

Quelles sont vos attributions au sein du groupe

Les Echos-Le Parisien?
Sandrine Lebreton : Je suis responsable de la fabrication des magazines. Je pilote la fabrication de deux hebdomadaires, un mensuel et plusieurs hors-série. J’ai également la responsabilité de la gestion du papier pour l’ensemble des publications du Groupe, quotidiens compris. Il s’agit d’approvisionner en papier chaque site d’impression, 13 pour nos titres réguliers. Le marché actuel étant ce qu’il est, c’est un poste qui me prend pas mal de temps! Et enfin, je me charge, depuis leur mise en place en 2017, des déclarations d’éco-contribution auprès de Citéo, un travail non négligeable qui demande de bien tracer les dossiers tout au long de l’année et d’actualiser ses connaissances régulièrement pour prendre en compte les nouvelles normes. En dehors du fait que cette contribution volontaire coûte très cher aux éditeurs (en numéraire et également en temps homme), je crois que paradoxalement elle a eu pour effet de fédérer la profession. L’ensemble de la chaîne graphique avait déjà largement engagé un travail sur nos impacts environnementaux. Des voix se sont enfin levées contre cette mauvaise image totalement erronée que le papier et l’imprimé traînent. Petit à petit, les choses se rééquilibrent.

Dans le groupe, vous avez surtout la responsabilité de la fabrication des magazines, mais quelles sont vos rapports avec la fabrication du quotidien?
Sandrine Lebreton : Nos deux hebdomadaires, Le Parisien Week-End et Les Echos Week-End, sont les suppléments de fin de semaine des quotidiens, SL (anciennement Série Limitée) est un mensuel également supplément des Echos. La vie de ces titres est donc directement liée à celle de leur titre-porteur. La partie logistique finale est souvent de leur responsabilité ou tout du moins directement liée. Pour cette raison, les process mis en place ne sont pas forcément ceux d’un magazine «classique» mais tiennent compte des impératifs des journaux et il est très important que je les tienne informés de toute opération spéciale, décalage de planning, retard, tout ce qui pourrait décaler le flux rôdé.

Comment imaginez-vous le futur de votre profession?
Sandrine Lebreton : Le papier est loin d’être mort. Les marques ont besoin, je crois, de la version papier pour exister. Sans doute les modèles doivent-ils être repensés mais les gens ont encore un attachement fort au print. Et les compétences d’un chef de fabrication ne se cantonnent pas au papier. A mon sens, la fabrication est un pivot dans la chaîne et notamment chez l’éditeur. Nombres d’informations transitent par la fabrication qui sont essentielles pour tous. Il me semble important que nous élargissions nos compétences et que nous nous ouvrions encore plus aux nouvelles technologies et modes de communication. Le chef de fab doit devenir un chef de projet, peut-être plus global, parce que nous connaissons bien les titres et l’ensemble des intervenants, et que nous avons l’habitude d’organiser des process industriels.

 


A propos de Sandrine Lebreton

Après une licence d’Arts plastiques, soutenue par un ami, fabricant passionné, elle effectue de multiples stages couvrant la chaîne graphique. En 2001, les éditions 1633 lui offrent son premier poste d’assistante de fabrication. En 2003 elle est engagée par le groupe Axel Springer comme Responsable adjointe de fabrication au moment du lancement du magazine Bien dans ma vie!

En 2007, elle  devient la cheffe de fabrication de la Société Française de Promotion Artistique, filiale de LVMH, qui édite le magazine Connaissance des Arts et ses hors-série.

En 2012, suite au rachat des Echos par LVMH, elle prend la responsabilité des magazines du Groupe et est également en charge de la gestion du papier et de l’éco-contribution pour l’ensemble des publications.
 
A propos du Groupe Les Echos-Le Parisien
Le Groupe Les Echos-Le Parisien, filiale de LVMH, regroupe les quotidiens Le Parisien/Aujourd’hui en France et Les Echos, l’hebdomadaire Investir, Les Echos Week-End, Le Parisien Week-End, Série Limitée et Connaissance des Arts mais également Radio Classique. Le Groupe s’est beaucoup diversifié ces dernières années notamment en créant des événements tels que le salon Viva Technology, en rachetant le site Boursier.com et la chaîne Mezzo.