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Tribune Libre : La suppression des tickets de caisse, l’arbre que cache la forêt par Olivier Le Guay, Délégué Général Culture Papier

Tribune Libre : La suppression des tickets de caisse, l’arbre que cache la forêt  par Olivier Le Guay, Délégué Général Culture Papier

© photo David Marnier

 

presseedition.fr 16/06/2021

La suppression des tickets de caisse, l’arbre que cache la forêt

Plus la fibre (de bois) est grosse ; plus elle est utilisée pour faire avaler de grosses ficelles. Après la facture courrier, l’imprimé publicitaire, la suppression des tickets de caisse est justifiée par le nombre fallacieux d’arbres soi-disant «sauvés». Toujours au profit de supports digitalisés, sans réelle évaluation des impacts environnementaux ou de réalité de recyclage, et surtout plus intrusifs en captant nos données personnelles. Soyons vigilants pour le maintien du choix des consommateurs avec le prochain décret d’application.

 

Des tickets de caisse émis que si le client en fait la demande.
L’article 49 de la Loi AGEC est venu compléter l’article L. 541-15-10 du code de l’environnement en « interdisant au plus tard le 1er janvier 2023, et sauf demande contraire du client : l’impression et la distribution systématiques de tickets de caisse dans les surfaces de vente et dans les établissements recevant du public, de carte bancaire, de tickets par des automates, de bons d’achat et de tickets visant à la promotion ou à la réduction des prix d’articles de vente dans les surfaces de vente

 

Si le décret qui doit venir préciser son application est encore attendu, certains enseignes comme Carrefour n’écoutant que leur responsabilité s’engouffrent dans la brèche au nom «une nouvelle étape de sa feuille de route zéro-gaspillage», et de renforcer son engagement en matière de lutte contre la déforestation et annonce «pour les Clients porteurs de la carte fidélité qui en font la demande, [que] le traditionnel ticket de caisse papier est remplacé par un ticket dématérialisé, accessible en ligne».

 

Culture Papier souhaite mettre en perspective les risques de ce tour de passe-passe papier/digital et appelle que le décret d’application maintienne le choix du consommateur et à sa protection pour ne pas se faire capter – sans un usage strictement limité – ses données personnelles.

 

Ne nous y trompons pas, la manip de com usée jusqu’à la fibre de bois depuis des décennies au nom d’une ‘vertueuse déforestation’ constitue encore et toujours après la facture papier et l’imprimé publicitaire une triple «peine» pour le consommateur :

 

1. Se faire tromper par l’usage d’un sophisme abusif : Une mathématique hasardeuse (puisque tout dépend de la partie de l’arbre concernée) persiste à s’imposer ; «Un arbre adulte abattu produit environ 40kg de papier» (donnée stopub.fr) donc économiser une tonne de papier revient à sauver 25.000 arbres… Sauf que ce calcul au doigt mouillé ne correspond à aucune réalité, ni environnementale, ni industrielle. Le papier est issu des déchets de l’arbre, et «tout est bon dans l’arbre» rien n’est perdu. La preuve? Le bois constitue le matériau recommandée pour la construction…

 

2. Se faire piquer sans frais son adresse mail (qui vaut consentement RGPD) pour ensuite recevoir quotidiennement des tombereaux de promotions par mail ; cet harcèlement comme la gestion de ses données personnelles ne fait jamais l’objet d’une évaluation sérieuse d’impact environnementale, rarement mentionnés par les champions de la «feuille de route zéro-gaspillage» Deux poids, deux mesures, qu’assume Carrefour, alors que l’impact du digital sur l’environnement et son usage croissant constituent une préoccupation majeure du débat public. En témoignent certaines ONG – GreenIT, Shift Project – qui tirent l’alarme depuis une décennie sur une nécessaire sobriété numérique. Entendons autant les zélateurs de la loi Climat & Résilience pour alerter sur le poids du numérique et soutenir le projet de loi visant à réduire l'empreinte environnementale du numérique voté par le Sénat le 13 janvier et désormais sur le bureau de l’Assemblée nationale?

 

3. Faire de meilleurs ROI de leur commerçant sans contrepartie ; avec la facturette dématérialisée, le client perd un service instantané celui de vérification de ses achats ; les erreurs sont nombreuses, mais aussi les indispensables «preuves d’achats» (échanges, garanties, assurance, notes de frais…), en reportant la charge de la preuve, il permet au marchand d’améliorer son ROI tout en récupérant une donnée personnelle qui vaut de l'or.

 

Culture Papier s’élève contre cette association systématique du papier au gaspillage, appuyée sur la rengaine du «jeté-sans- être-lu» utilisée pour tous les usages du papier, de la facture à l’imprimé publicitaire, et bientôt à l’offre culturelle de la presse et de livres. L’association appelle à la vigilance des consommateurs, à ne pas céder aux poncifs martelés sans preuve sur la déforestation ; elle est due essentiellement à l’élevage ou la production de soja et d’huile de palme, à respecter les systèmes de certification comme PEFC et FSC qui encadrent strictement l’approvisionnement de l’industrie papetière. Et considérer que cette ressource naturelle, renouvelable et recyclable doit être gérée avec efficacité et en évaluation comparative sérieuse avec le numérique.

 

Aussi le décret d’application doit respecter et maintenir le choix du consommateur et ne pas lui imposer une digitalisation aveugle aux usages, aux contournements du respect de ses données personnelles, de d’engager une nécessaire sobriété numérique. Le papier a d’incontestables atouts pour y contribuer.

 

 

A propos de Oliver Le Guay
Après une licence de droit à Nanterre et Sciences-Po Paris, Olivier Le Guay mène une double carrière : Le jour, il est Délégué Général de l'association et du blog Culture Papier depuis novembre 2016, où il s'engage pour promouvoir les valeurs de l'imprimé (après avoir été le responsable éditorial et digital du Forum d’Avignon, et du groupe Ramsay-Générale de Santé). La nuit, sous le nom de plume Olivier Olgan, il est éditeur de Singulars.fr, site culturel et art de vivre festif qu’il a crée en décembre 2017 (après avoir été pigiste pour Le Figaro Magazine, La Tribune)



A propos de  Culture Papier pour le développement durable du papier et de l’imprimé
L’association, créée en 2010 pour une durée illimitée, vise tant par son objet que par ses missions sociétales la reconnaissance d’utilité publique. Elle a vocation à rassembler l’ensemble des parties-prenantes de l’écosystème du papier, du producteur de bois jusqu’au recycleur, en passant par les papetiers, les imprimeurs, les éditeurs, les distributeurs, les transformateurs, les prescripteurs et les lecteurs… pour sensibiliser les pouvoirs publics, les décideurs économiques et l’opinion sur le rôle culturel, économique et social du papier et de l’imprimé, d’en promouvoir l’usage responsable et recyclable, ainsi que la complémentarité nécessaire avec le digital.